Le 108 : notre contribution (non-exhaustive)

Publié dans : États généraux de la CultureÉconomie de la culture / Entreprendre dans la cultureContributions

Le 108 : notre contribution (non-exhaustive) par Le 108

En préambule, sans nous étendre sur ce constat, nous souhaitons partager le fait que l’annonce de la tenue d’États Généraux de la Culture par la Région n’a pas suscité une émotion vivace de la part des équipes et acteurs artistiques et culturels que nous sommes. C’est plutôt avec un sentiment de désillusion, forts de précédentes expériences similaires, que nous avons accueillis la nouvelle. Cependant, d’avis qu’il est rare que l’on nous demande le nôtre, autant ne pas se priver de le donner quoi qu’il en soit.

Ainsi, parmi les points sur lesquels il nous apparaît important que notre Région puisse travailler :

1 – Créer avec nous de vrais espaces de co-construction des politiques publiques sur la durée

Pour éviter des États Généraux grand messe à répétitions (tous les 5 à 10 ans) et être plutôt moteur d’échanges permanents sur le territoire régional à travers :

  • des espaces qui ne réunissent pas seulement les collectivités entre elles (CTAP) mais bien les acteurs associatifs, artistes, citoyens, institutionnels et collectivités dans une véritable écoute des réalités du secteur à tout niveau (un challenge : car cela prend du temps et nécessite de bien vouloir s’atteler à déconstruire les rapports de dominations gros>petits)
  • des espaces de co-construction qui puissent être le lieu d’observations concertées du secteur sur le territoire, portées ensemble (cf.observation participative et partagée)
  • de véritables espaces de participation :
    • qui ne se limitent pas à la seule consultation des acteurs du secteur mais engagent une démarche inclusive de concertation, de négociation et de codécision (cf. Sherry Arnstein)
    • en osant s’appuyer sur des interlocuteurs extérieurs pour conduire/animer le dialogue Région/acteurs/collectivités : parce que la collectivité n’est pas neutre. Il est toujours difficile de s’observer, de ré-interroger ses actions et de faire son propre diagnostique avec objectivité : un «DLA de la culture en Région Centre» ?
  • des espaces qui permettent de repenser une juste répartition des financements publics et leur cohérence (avant même de vouloir penser des stratégies d’accompagnement à la recherche de financements privés)
  • des espaces qui travaillent sur des dispositifs moins technocratiques et un vocabulaire moins langue de bois pour plus de lisibilité par tous des politiques mises en place

2 – Valoriser le temps dédié à la recherche et à l’expérimentation artistique

A travers des dispositifs qui :

  • soutiennent les temps de recherche et d’expérimentation, temps nécessaires à la maturation des projets et dont la valorisation est quasi-inexistante dans les politiques publiques à toutes échelles
  • favorisent l’accompagnement du travail artistique par la valorisation du processus de création au-delà du résultat
  • reconnaissent la permanence du travail artistique et des actions menés par les équipes et les lieux sur leur territoire
    Et ce notamment en œuvrant au travers d’aides à la résidence pour les équipes artistiques et les lieux d’accueil (entendons bien résidences incluant a minima un soutien à l’hébergement, la restauration et les salaires des équipes artistiques)

3 – S’engager dans un soutien des acteurs sur la durée

Pour accompagner la structuration des acteurs du tiers secteur associatif, qui sont contraints d’empiler les projets pour obtenir un soutien des collectivités, en :

  • s’engageant dans de véritables aides au fonctionnement (complémentaires de ces mêmes aides aux projets) à travers des conventionnements pluriannuels (3 ans a minima) comportant des bilans d’étapes pour valoriser la permanence d’un travail, d’un ancrage sur un territoire, la pérennité des emplois, du temps aujourd’hui non-valorisé (ex : aide à la permanence des équipes artistiques, soutien aux lieux intermédiaires…)
  • en remplaçant les comités d’experts choisis en interne par des espaces d’attribution des aides paritaires et transparents sur appel à candidature ouvert aux professionnels du secteur et renouvelé régulièrement (cf. Agence Spectacle Vivant Bretagne) permettant d’accompagner une activité et non de la sanctionner.

4 – Accompagner les démarches de cohésion professionnelle

Pour favoriser le maillage territorial, l’interconnaissance et les passerelles entre acteurs et permettre à chacun de ne pas se sentir isolé, soutenir l’accompagnement à la professionnalisation et à la mise en réseau :

  • les initiatives existantes et à venir de mutualisation des savoirs, savoir-faire et compétences, espaces, matériel…
  • les démarches de mise en réseau des acteurs
  • les collectifs et regroupements d’artistes et/ou de structures
  • les dynamiques de coopération entre acteurs et entre réseaux
    Par des dispositifs d’aides à la structuration des réseaux et collectifs, à la mise en place de projets communs, aux rencontres professionnelles.

Parmi les points à ne pas oublier :

  • accompagner la pratique artistique : valoriser les efforts mis en place ponctuellement et régulièrement
  • valoriser les nouveaux métiers, indispensables : les métiers de l’administration et de la production et la pérennité de ces emplois (l’enseignement supérieur et la formation professionnelle forment à tour de bras des professionnels dont l’avenir s’annonce précaire)
  • améliorer l’accès aux données publiques (données de financements, tableaux croisés, budgets plus détaillés) en les rendant consultables par tous sur la plateforme numérique de la Région

Attention à :

  • valoriser aussi l’existant tout en favorisant les nouvelles initiatives
  • privilégier les démarches initiées par les acteurs (la collectivité doit soutenir et -accompagner mais ne pas faire à la place de)
  • visualiser l’ensemble des champs disciplinaires et les transversalités
  • ne pas mélanger culture / événementiel / tourisme

A travers les remarques précédentes, nous soutenons la réflexion sur des politiques culturelles régionales qui prennent en compte l’ensemble des acteurs, quelle que soit leur échelle, avec, cependant, le souhait qu’un effort soit mené sur le soutien aux équipes non-soutenues, non-conventionnées, etc.

De façon concomitante, nous souhaitons également porter l’idée de dispositifs spécifiques qui puissent accompagner des lieux et initiatives similaires au nôtre (sans en être des copies conformes) : pour un soutien aux lieux intermédiaires et indépendants de la Région Centre, espaces de transversalité, pas forcément tournés vers la diffusion et au sein desquels se fait souvent un travail invisible.

Bien entendu, tout cela passe par des politiques budgétaires : nous sommes conscients qu’il ne peut y avoir d’orientation politique concrète sans orientation financière.

#Le 108 est fier signataire de la Charte de la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants.

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