Plaidoyer pour une approche économique de filière pour la culture en région

Publié dans : États généraux de la CultureÉconomie de la culture / Entreprendre dans la cultureContributions

Plaidoyer pour une approche économique de filière pour la culture en région par ECOPIA

Plaidoyer pour une approche économique de filière pour la culture en région

La nature même du mot culture désigne bien des dimensions différentes selon le contexte dans lequel il est utilisé. Ici, nous entendons le terme de culture comme la désignation économique et social d’un secteur – la culture – au même titre que l’on évoque, l’automobile ou bien encore le textile.
Dans le langage usuel, et selon la définition générique proposé par un dictionnaire, parler de « filière désigne couramment l’ensemble des activités complémentaires qui concourent, d’amont en aval, à la réalisation d’un produit fini. On parle ainsi de filière électronique (du silicium à l’ordinateur en passant par les composants) ou de filière automobile (de l’acier au véhicule en passant par les équipements) ».

Rechercher à produire une approche de filière pour le secteur culturel, c’est reconnaître à ce secteur sa pluralité d’activités au-delà de la sectorisation classique et communément faite par discipline ou champ artistique : musique, théâtre, cinéma, etc.

L’intérêt d’une analyse économique et sociale par filière, c’est de pouvoir étudier l’organisation, à la fois sur un plan linéaire (la création artistique, la diffusion artistique) mais aussi, systémique, en mettant en évidence les interactions entre les différents éléments et actions produits au sein de la « chaîne de fabrication », (pour ne pas dire de production) jusqu’à « la consommation » à savoir, la pratique culturelle du spectateur et /ou du visiteur.
Les politiques culturelles notamment celles impulsées par les régions – mais pas uniquement -reprennent la notion de filière dans le sens linéaire. Un service culturel est organisé et une politique de soutien menée. Cette dernière s’articule sur la délimitation de grandes orientations de la « production culturelle » selon leurs finalités : la protection du patrimoine, l’éducation artistique, la création artistique et la diffusion auxquelles s’ajoutent spécifiquement la politique régionale d’émergence et d’harmonisation des dynamiques culturelles territoriales.

Elles offrent un soutien direct au fonctionnement et au développement économique des structures artistiques et culturelles par le biais de conventionnement et d’aides au fonctionnement et/ou aux projets. Ce que tous s’accorderont à dire comme non négligeable voire indispensable.
Bien évidemment, il serait restrictif de limiter à cette politique culturelle régionale l’apport et le soutien porté au secteur par le Conseil Régional qui, à travers d’autres politiques dites transversales comme le soutien à l’emploi associatif (Cap Asso) ou des programmes spécifiques (Numérique, Economie Sociale et Solidaire, etc.) vient appuyer et consolider indirectement les structures culturelles. Certains dispositifs de politique culturelle viennent en écho à d’autres orientations de la politique régionale : « Aux arts Lycéens » qui s’articule sur la compétence de construction, d’entretien et de fonctionnement des lycées d’enseignement général et des lycées et établissements d’enseignement agricole ou bien « les PACT » – qui participent de la compétence d’aménagement du territoire déployée au sein du schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET).
Un autre pan de la politique d’accompagnement est de soutenir la structuration du secteur. L’appui aux différents réseaux d’artistes, de collectifs ou de fédérations y participe mais, une approche de la culture par filière économique et sociale offre une capacité de mobiliser l’ensemble des compétences régionales comme par exemple, la formation professionnelle continue et d’apprentissage ou bien le développement économique dans une action globale et maitrisée de soutien au secteur.

Une approche de la culture par filière économique et sociale offrirait une réelle capacité de mobiliser l’ensemble des compétences régionales dans une action globale et maîtrisée de soutien au secteur, notamment sur le plan de la formation professionnelle et de l’accompagnement entrepreneurial.
Ne peut-on pas, en effet, imaginer inclure dans l’appui sectoriel ces autres politiques ? En termes de développement économique, par exemple, que ce soient pour la création numérique et les fameuses start-up, mais aussi pour la création artistique et les initiatives culturelles, n’est –il pas nécessaire d’accompagner de manière spécifique le porteur de projet qui a, par l’organisation économique, réglementaire et sociale du secteur un particularisme que les acteurs classiques de l’accompagnement à la création d’entreprises ne peuvent produire ? Ne peut-on pas imaginer toujours pour ces porteurs de projet d’appuyer les structures qui encadrent leur émergence (couveuses, incubateurs, clusters, pépinières, CAE…).

Certes, dans la plupart des autres filières, l’organisation des acteurs est davantage structurée notamment au sein des chambres consulaires. Dans l’élaboration de leur politique économique sectorielle, les élu(e)s régionaux peuvent s’appuyer sur un état des lieux permanent de la situation économique et ouvrir, s’ils le souhaitent, une concertation instantanée par l’intermédiaire des chambres consulaires qui leur apporte, pour le commerce, l’artisanat ou bien encore l’agriculture, une observation et une expertise permanente de la situation économique sectorielle tant macro que micro économique. Agissant tel un baromètre, ils peuvent mesurer dès lors, la vitalité ou non des organisations et dégager une vision dynamique et prospective du secteur pour bâtir leur politique.
A la lecture du dernier document-référence édité par la CCI Régionale en 2016, « Le Centre-Val de Loire en bref – Chiffres clés de la région Centre-Val de Loire », il est stupéfiant de constater l’absence totale de données sur l’économie du secteur culturel en région. Ce, alors qu’en 2014, le rapport conjoint des ministères de la Culture et de l’Economie, « L’apport de la culture à l’économie en France », concluait sur un apport du secteur culturel à l’économie française représentant plus de 3% du PIB et 670 000 emplois, plaçant ainsi le poids du secteur de la culture au-delà de l’automobile, par exemple. Evidemment, il est aisé d’objecter que la culture ne relève pas du champ de compétences de la Chambre du commerce et de l’Industrie … malgré que nous parlions d’industries culturelles lorsque l’on évoque la musique ou bien encore le cinéma.

Vers la prise en compte d’une économie de l’accompagnement de filière

Aussi, devant le peu d’intérêt des acteurs de l’économie pour la part de notre secteur, plutôt que de rechercher à s’intégrer aux dynamiques consulaires actuelles, peut-être doit –on réfléchir à produire une organisation spécifique. Il est évident que la création d’une chambre des métiers artistiques et culturels n’est pas uniquement du ressort de la collectivité publique, elle doit d’abord être de l’initiative des acteurs eux-mêmes afin de structurer leurs besoins et de concevoir ces outils. La création, à l’initiative de la FRACAMA, de la plateforme Emploi, Formation, Compétences culturelles, « Métiers culture », et que soutient le Conseil régional est un embryon d’une démarche collaborative et co-constructive d’une structuration interne à la filière. C’est un premier pas.

Mais, si elle permet la concertation, la coproduction de diagnostic et de solutions, elle ne peut dans cette émergence auto-produire l’ensemble des actions que l’accompagnement structurel revêt. La plupart des structures de l’économie de l’accompagnement du secteur culturel n’ont pas totalement accès au ressort classique du développement économique et du financement privé. La plupart des appels d’offre ou des appels à projet en matière d’insertion ou de formation professionnelle, d’accompagnement de l’entrepreneur sont généralistes et, afin de diminuer le nombre d’interlocuteur pour une meilleure gestion des dispositifs, à dimension territoriale maximale (régionaux ou départementaux selon les cas). Certes, rien n’interdit aux structures d’accompagnement spécialisées sur le secteur culturel de s’allier ou de rejoindre un groupement sur un appel d’offre sauf que le particularisme – et aussi il fait bien l’admettre la faible proportion quantifiable eu égard aux appuis généralistes – ne laissent guère entrevoir d’intérêt pour les acteurs classiques de l’accompagnement d’une part de prendre en compte cette population spécifique ni de concevoir un dispositif singulier pour une quantité de bénéficiaire négligeable. Les structures d’accompagnement de la filière culturelle sont alors démunies des ressorts classiques permettant de développer leur propre économie.

Sans une politique de filière donc, l’accès aux principaux vecteurs économiques de développement des structures d’accompagnement est freiné voire empêché par les dispositions prises. Ainsi, dans le cadre de la mise en œuvre du programme régional de formation, ce n‘est pas tant les cadres de réponse ni les compétences formelles nécessaires pour intervenir qui interdisaient l’accès ; non, ce sont les modalités de réponse aux appels d’offre qui ne permettent pas à une structure spécialisée sur ce secteur et ce public de répondre en apportant une expertise et une réponse adaptée.

Porter une vision de filière, c’est aménager les politiques publiques

L’approche actuelle ne permet pas de porter appui au cœur même des processus de production culturelle et des initiatives privées. Porter une vision de filière et aménager les politiques publiques, c’est permettre à ces actions, menées successivement, parallèlement ou complémentairement, aux grands ensembles ou systèmes comme la production, la transformation, la commercialisation, la consommation (pour reprendre le langage classique de l’économie) de venir sédimenter et renforcer la cohérence de l’ensemble et son efficience. L’approche « filière » permet de connaître d’une manière approfondie les tenants et les aboutissants de tout l’environnement d’une production ou d’une transformation.

Elle ne permet pas de mobiliser tant les politiques de développement économique, de formation professionnelle ou bien d’aménagement du territoire dans la construction d’une économie de l’accompagnement structurel du secteur.
Une approche de filière permettrait de mettre en évidence les points forts et les points faibles du système « secteur culturel » et, à partir de là, d’établir précisément les politiques et les actions à mener pour renforcer les aspects positifs et faire disparaître les contraintes car elle permet la connaissance et l’interaction entre les différents acteurs qui interviennent d’une manière directe ou indirecte dans le système; elle favorisent les synergies, les effets externes et les relations de coopération.

Arnaud LANTOINE
Directeur d’ECOPIA

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