Réenchanter le monde technique et industriel par le design

Publié dans : SRESRICSTIContributions

Réenchanter le monde technique et industriel par le design par Marie-Haude Caraës - Ecole supérieure des beaux-arts TALM-Tours

La révolution industrielle, bouleversement sans précédent, fut l’événement fondateur d’une nouvelle discipline, le design. La production mécanisée ouvre un chapitre de l’histoire de l’homme et de son environnement, écrit par des industriels, des ingénieurs, des techniciens, des ouvriers et par des designers. L’une des figures majeures de cette discipline – le design –, William Morris, défend la recherche d’une esthétique originale, une démarche créative qui s’accompagne d’une transformation sociale et d’une amélioration de la qualité de vie. L’ICSID (International Council of Societies of Industrial Design) définit le design comme « une activité créatrice dont le but est de présenter les multiples facettes de la qualité des objets, des procédés, des services et des systèmes dans lesquels ceux-ci sont intégrés au cours de leur cycle de vie. C’est pourquoi il constitue le principal facteur d’humanisation innovante des technologies et un moteur essentiel dans les échanges économiques et culturels. » Le design est une cosa mentale et une pratique au centre duquel l’expérimentation occupe une place déterminante, notamment en termes de transmission. Le travail du designer est centré sur l’usager – celui qui use des techniques, des objets, des environnements et des espaces, des services –, et soucieux d’une économie de moyens pour atteindre un objectif de projet.

Cette discipline prend en charge le monde matériel quotidien des individus et des sociétés, avec l’objectif – selon les recommandations du designer américain Victor Papanek – d’une recherche collective pour mieux vivre ensemble et durablement. Le design ne se contente donc pas d’observer des comportements, des pratiques, des usages pour dessiner des objets, mais est sans cesse confronté à des idées et des représentations.

Il faut bien entendre que le design n’est pas circonscrit à un unique faire – « faire du design » – mais entre bien dans une relation entre discours et technique.

Le monde matériel qu’il fabrique crée un environnement culturel, social, esthétique et politique : la production d’une chaise, un service de recyclage des déchets, un site Internet, l’étude des potentiels d’une nouvelle technique, dépassent largement le faire, obéissent à des règles, des codes, une pensée.

Le design se construit dans la combinaison d’un lieu social, d’une production industrielle, d’un état des techniques, d’une projection esthétique et d’une écriture.
Le design organise un très grand nombre de savoirs à partir de la définition du cadre de vie. Ces savoirs sont une agrégation de cultures scientifiques, techniques et industrielles qui servent de terreau informationnel au designer pour élaborer le monde matériel. Le designer, en mode réflexif, analyse et débat quotidiennement dans son travail avec l’ensemble des acteurs du cadre de vie. Le projet que je vous propose Réenchanter le monde technique et industriel par le design s’organise à partir de deux axes.

  • Le premier axe propose à des jeunes adolescents et adultes de toutes conditions sociales, de tous âges et capacités, à leurs enseignants ou accompagnateurs, aux personnels techniques des institutions scolaires ou sociales d’appréhender, par l’expérimentation participative en design, la culture technique et industrielle du monde d’aujourd’hui et de demain.
  • Les nouvelles du monde qui nous parviennent semblent déjà cernées. Que ce soit les débats houleux entre spécialistes sur les chiffres, les projections alarmistes des prospectivistes, les liens de plus en plus distendues entre économie et société ou l’amère désaffection des jeunes pour la science, la technique et l’industrie, tout semble déjà appréhendé, circonscrit, tenu. Dans ce contexte désolé, il est urgent de travailler sur les contours d’une nouvelle diffusion de la culture technique et industrielle via le design. C’est le second axe.

Sans doute la désaffection des élèves des filières techniques et industrielle est-elle à rechercher dans la crise industrielle qui n’est pas uniquement celle de la production, mais aussi la crise morale de l’organisation du travail, de la croissance de la société, des modes de vie. L’industrie n’est pas simplement délocalisée, elle est transformée par les mutations techniques qui affectent les méthodes de conception et de fabrication, elles-mêmes bouleversées par l’arrivée du numérique, l’émergence des ENR ou des biotechnologies, la question des services, la radicalité des TIC, etc., autant de changements qui appellent à renouveler les discours sur la technique, à réenchanter le modèle industriel. Je pose ici l’hypothèse que le design est en mesure, grâce à ses méthodes et ses outils, de produire un discours sur la culture technique et industrielle en mesure de toucher les jeunes ; de mener, dans ce contexte, des actions éducatives en faveur de l’égalité des chances, aptes à sensibiliser des jeunes en situation sociale défavorable aux enjeux techniques et industrielles du monde contemporain.

Il s’agit d’appeler ces jeunes à investir ces disciplines qui ne trouveront un avenir que grâce à leur action et leur implication.

Je pourrai développer plus avant cette proposition si elle vous intéresse.

Bien à vous

Marie-Haude Caraës

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *