Médiation et sciences participatives

Publié dans : CSTI

Médiation et sciences participatives par Mme Élodie CHAILLOU - INRA

La culture scientifique doit impliquer, d’une part, les différents acteurs de la recherche : personnel technique, ingénieur, chercheur (…) de manière à témoigner de l’ensemble des métiers qui font la recherche. D’autre part, la culture scientifique nécessite une forte implication des métiers de la médiation scientifique pour rendre le discours scientifique audible. Il me semble donc indispensable d’associer les deux pour initier des actions pour développer la culture scientifique.

Sur la question du public visé, je pense qu’il est important d’envisager les actions de culture scientifique de façon intégrée de l’écolier au lycéen sans omettre le collégien. Ce dernier n’est pas encore un adulte mais est dans une période de construction sensible en matière d’idéologie, d’orientation scolaire. Quel que soit le public visé, il me semble qu’il est important d’associer le tissu éducatif (scolaire et périscolaire) ainsi que les infrastructures telles que les bibliothèques ou les muséums dans ces démarches.

De mon point de vue, la culture scientifique est aussi un moyen de former les citoyens au débat d’idées, à la controverse sans sombrer dans la parodie de débats que certains médias livrent. En effet, le scientifique devant proposer une hypothèse, la tester et la démontrer en discutant puis défendant ses résultats, il est finalement quotidiennement confronté au débat d’idées, à la controverse pour finalement trouver des compromis et ainsi publier ses travaux. En s’appuyant sur le vécu des scientifiques, en initiant à la démarche scientifique, je pense donc que les lycéens pourront acquérir des modes de communications plus adaptés au débat d’idées et la controverse. De même, en puisant dans l’histoire des sciences, il me semble qu’il est facile de témoigner de la remise en question de certains dogmes (la naissance de nouveaux neurones par exemple…) et que de cette manière il sera peut-être plus facile de sensibiliser les lycéens, ainsi que les collégiens, à exercer un œil critique et avisé sur des questions de science et plus largement sur des questions de société. La science n’est pas LA vérité mais UNE vérité à un temps donné.

Pour atteindre les objectifs précédemment évoqués, je pense qu’il est nécessaire de développer des actions en présence de chercheurs/ingénieurs/techniciens de la recherche, et de permettre aux collégiens comme aux lycéens d’être associés à des démarches de recherche, d’expérimentation. Cette approche est déjà palpable au travers des contacts que les lycéens prennent avec nous dans le but de réaliser leur mini projet. La difficulté pour initier de tels programmes réside dans (i) l’accessibilité des objets de recherche, en particulier en biologie, (ii) l’accessibilité des outils. En revanche, le développement des outils de multimédia facilite le traitement des données à distance des laboratoires, ce qui est un atout pour initier ces démarches de sciences participatives. Il est toutefois indispensable d’adapter les outils comme les logiciels informatiques pour que les lycéens soient en capacité de les utiliser rapidement et efficacement. Evidemment, de telles actions doivent aussi s’inscrire dans le temps, peut-être s’insérer dans le programme sous forme de projets pluridisciplinaires. En effet, il est facile de penser aux matières scientifiques (maths, physique, chimie, bio) mais il est aussi nécessaire de savoir communiquer en français, en anglais, en créant des illustrations pertinentes et compréhensibles. Soit finalement, des matières plus littéraires et artistiques. Parmi les structures qui pourraient faciliter les échanges et les démarches participatives, émergent les « open lab » (exemple de « l’experimentarium » dans le labex ARBRE, Lorraine) qui accueillent dans un espace dédié des personnes extérieurs à l’institut de recherche et qui met à disposition du matériel, en toute sécurité. Les différents acteurs se côtoient, sans poser de problèmes d’ordre sécurité dans les laboratoires, et gèrent de façon semi-autonome un projet de recherche.

Ce type de démarche inscrite sur un pas de temps « année scolaire » est d’autant plus nécessaire que les travaux publiés le sont essentiellement en anglais et ne sont finalement pas accessible au public non anglophone scientifique. La possibilité de livrer une revue en français de certains articles serait un atout pour améliorer la connaissance et participer à la culture scientifique du public. Certaines revues françaises s’inscrivent dans cette démarche en publiant une revue de presse améliorée des principaux résultats de neuro-cognition. Dans la presse étrangère spécialisée, le journal Frontiers for Young Minds (https://kids.frontiersin.org/) propose un journal pour les jeunes. Le principe consiste à publier une revue de synthèse qui sera relu non pas par des pairs mais par une classe d’élèves.

Enfin, il est important de former les enseignants qui sont les premiers interlocuteurs pour rendre les sciences attractives. Et de fait, il est nécessaire de les former à la démarche scientifique en proposant des formations par la recherche. En associant les maisons pour la science, ces démarches deviennent possibles.

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